Par un décret du 13 Mars 2026, le Premier Ministre Joseph Dion Ngute a créé des lycées techniques ; et des lycées techniques et professionnels, dont le lycée technique et professionnel agricole de Bagam dans le département des Bamboutos et celui de Ombé, devant former dans les métiers de l’électromécanique.
Ci – dessous pour nous, le regard de Samory Toure Tenkeng, le chargé de communication du Syndicat des Enseignants du Cameroun pour l’Afrique (SECA) et acteur clé du Mouvement OTS.
Dev-info237.com : quelle analyse faites vous de la création de nouveaux lycées techniques et surtout professionnels, dans un contexte alimenté par la fuite d’enseignants, majoritairement semble t il, relevant de l’enseignement technique ?
Samory Toure Tenkeng: le départ massif des enseignants ne semble pas inquiéter les autorités de notre pays, et pourtant, c’est un indicateur incontestable du niveau de démotivation de ceux-ci. Ce n’est plus un secret, le Kamerun se place en cinquième position sur les six pays de la CEMAC, juste avant la RCA. Ce qui est un véritable paradoxe au regard du poids économique de notre pays dans la zone et même en Afrique. Notons en passant aussi que les médecins formés au Kamerun sont également contraints à l’exil pour les mêmes raisons. L’enseignant est au centre du système éducatif et de ce fait devrait bénéficier d’une attention particulière. En clair, des lycées agricoles c’est beau pour un pays dont 80% de la population vit au rythme des travaux champêtres et de l’élevage traditionnel. Le déficit criard actuel des enseignants devrait amener les dirigeants à se pencher sur les conditions de vie des enseignants, qui sont toujours sur le pied de grève avant toute réforme.
Dev-info237.com : de manière plus technique et pratique, est-ce que les bases de ce projet louable ont été posées?
Samory Toure Tenkeng: comme d’habitude, aucune disposition n’a été prise. Des lycées techniques spécialisés, cela demande des infrastructures sérieuses. Mais, vous allez constater à chaque fois que ce gouvernement crée des structures ex nihilo et les parents et élites se battent comme ils peuvent pour les mettre en œuvre. Même des institutions comme les universités n’échappent pas à ce schéma. Aucune université n’a été construite avant sa création, seule l’université de Maroua à ce jour a un site et des structures dignes de nom. Un lycée technique agricole du 21eme siècle devrait avoir des dizaines d’hectares de terres pour la pratique avec des tracteurs, des chambres froides, etc et d’autres engins modernes pour une agriculture mécanisée. Les structures pour la transformation en vue d’une industrialisation effective. Mais hélas, le cas du lycée agricole de Yabassi offert par les Japonais ne va pas nous aider, exactement comme nous avons été incapables de construire des lycées techniques sur le modèle canadien.
Dev-info237.com : estimez-vous que les états généraux de l’enseignement que vous n’avez de cesse de réclamer, aurait pu être utile à un tel projet?
Samory Toure Tenkeng: les derniers états généraux datent de 1995, et la loi d’orientation de l’éducation de 1998 qui en est issue n’a jamais été appliquée. Face à cette situation, on peut être tenté de dire que les Etats généraux de l’éducation, d’ailleurs très attendus par les enseignants, auraient bien pu être le lieu de l’élaboration des lignes directrices d’un système éducatif digne de ce nom, véritablement kamerunais, mais pour quelle application? Le système gouvernemental actuel est inapte pour l’implémentation de pareilles bases.
Propos recueillis par Alexis Yangoua

