Maman Foriéra fait partie d’une catégorie de déplacés internes des régions du Nord Ouest et du Sud Ouest, qui ne s’est pas installée en ville, ni dans les villages ; mais qui a décidé de créer son monde dans les brousses, jadis non habitées. Mais, à quel prix ?
Nous sommes à Mawen, à environ 9 km du centre ville de Foumbot. Maman Foriéra est partie de Biamé, un village de Banso dans la région du Nord Ouest. Avec certains de ses compatriotes venus de ces zones de crise, ils sont considérés comme des premiers habitants de cette brousse de Mawen, dont certains prétendent être des propriétaires. Ils s’y sont installés ; les uns sont agriculteurs, alors que d’autres tels que les Mbororo ont poursuivi leur activité quasi naturelle : l’élevage de bovins. Les habitats sont des taudis en paille ou en terre battue, rapidement bâtis pour ne pas dormir à la belle étoile. La source d’eau buvable est située en contrebas de l’autre flanc du campement. Franklin nous y conduit. L’escarpement du chemin qui y mène, nous rassure de la bonne qualité du précieux liquide qui sort du pied de cette colline. Que non. Cette eau qu’ils consomment est comparable à une marre d’eau restée dans la crevasse de la chaussée après les pluies. Certainement, les bœufs s’y abreuvent aussi.
Sur ce site de Mawen, l’école n’existe pas encore. Les enfants dont les parents ont des connaissances à Foumbot, y vivent pour aller à l’école et ne reviennent au campement que les week-ends. Ceux n’ayant pas de proches ou de familles adoptives en ville, sont condamnés dans la caverne de l’analphabétisme. Pas de centre de santé.
Alors que nous parcourons ce petit quartier en gestation, les agents d’Elecam sont arrivés avec leur kit pour l’enregistrement d’éventuels électeurs. Ils rentreront bredouilles par ce que les résidents, n’ont pas de Carte Nationale d’identité et beaucoup ne disposent pas d’acte de naissance. Certains disent les avoir abandonnés dans la crise au moment de leur fuite.
G – Amos Take Care International (G.A.T.C.I), s’intéresse à cette catégorie de déplacés internes, oubliés ou inconnus des autorités. Cette association s’y investit à travers la mise en œuvre du projet « village humanitaire de Mawen ». Le 27 Février 2025, dans le cadre du développement de la citoyenneté mondiale de l’UNESCO, partenaire dudit projet, et en présence bien sûr du représentant de cette institution internationale, une séance d’écoute y a été organisée à l’intention de ces déplacés. « Ici au carrefour Botto, ceux qu’on a trouvé qui étaient installés ici, ils ont écouté les objectifs de la citoyenneté, et ils ne se sentent pas citoyens camerounais, encore même citoyens du monde ; par ce qu’il leur manque presque tout. Ils n’ont pas d’eau potable, pas d’école, pas de centre de santé, pas de Carte Nationale d’Identité, pas d’acte de naissance par ce que dans le mouvement qui les a amenés à fuir pour se refugier ici, ils ont pratiquement tout perdu… » a indiqué Herman Guena, Coordonateur de G.A.T.C.I
Unis par la crise qui a orchestré leur départ de leurs régions et les besoins communs de survie sur leur terre d’accueil, ils font face aux conflits générés par leurs activités : agriculteurs contre éleveurs ; « Ceux – ci sont venus dans une forêt. Ils ont trouvé que la forêt avait déjà des propriétaires, qui en fait ne sont pas visibles, par ce qu’au Cameroun, la terre appartient à celui qui la met en valeur. Et quand il faut faire dans les cultures, ils ont tous les problèmes, par ce qu’ils n’ont pas la possibilité de construire même une hutte. Ils n’ont pas la possibilité de paître les troupeaux facilement. Nous pensons qu’avec les mairies de Foumbot, Massangam et le gouvernement, on peut choisir un lieu dédié, sur 200 ou 300 hectares, et là bas, on développe la culture fourragère pour un élevage intensif ; par ce que bientôt ils n’auront même plus de passage pour les bœufs. Tout ça, ce sont des espaces occupés. Pour assoir un vrai vivre ensemble, il faut qu’il ait possibilité pour eux d’avoir cette parcelle de champs fourragère ». ajoute le coordonateur de G.A.T.C.I
G – Amos Take Care International entend ainsi porter des plaidoyers auprès des divers partenaires publics et privés, afin que les déplacés internes des brousses, dont ceux de Mawen, Makeka et Maripa soient écoutés et jouissent de leurs droits et devoirs en tant que citoyens.
© Alexis Yangoua





