Foumbot : le calvaire des producteurs de maïs se poursuit

Depuis la saison dernière, les producteurs de maïs de Foumbot, dans le département du Noun  sont aux abois. Leurs magasins sont bondés de tonnes de produits et comme le veut la loi du marché, les prix se sont effondrés. « Les brasseries importent les maïs de la Centrafrique et autres. Elles  disent  que notre maïs n’est pas bon. Pourtant, moi par exemple, mes maïs sont cultivés sans engrais. Pourquoi nous trouvons leurs bières bonnes et nos maïs, sont mauvais ? Nous croyons qu’elles iront bientôt vendre leurs bières où elles achètent leurs maïs », sérine Mohamed Lukong, l’un des grands producteurs de ce bassin.

Les promesses du ministre du commerce toujours attendues.

Suite aux plaintes devenues virales de Mohamed, le ministre du commerce, Luc Magloire Mbarga Atangana, avait en date du 8 mai 2026, pris un acte dit on souverain, instruisant son collègue de l’agriculture et du développement rural, de « suspendre jusqu’à nouvel avis », la délivrance des permis d’importation du maïs. «A la suite de cette décision,  le ministre du commerce avait envoyé certains de ses collaborateurs chez moi, pour prendre quelques échantillons, disant que c’est pour  tester. Que si nos maïs sont bons, il demandera aux brasseries de les acheter et nous pourrons signer des contrats. Et là, nous étions très contents, conscients de la qualité de nos produits. Malheureusement, depuis ce jour, nous n’avons pas de suite et les maïs sont en train de pourrir. Mais, nous faisons toujours confiance au ministre… » ;  renchérit Mohamed Lukong, la mine serrée, contemplant avec amertume, des tonnes de maïs entreposées entre les quatre murs de son grand magasin, qui jouxte le marché de vivres vrais de Foumbot.

Les routes enclavées 

En réalité, 70 à 80% de maïs produits dans le bassin de Foumbot, sont cultivés dans l’arrondissement de Massangam ; notamment dans les villages Maloung, Madiya, Mantchoutmbi et plus principalement à Massein, à plus 65km de Foumbot et 50 km du centre ville de Massanagam. De Foumbot à Massein en période praticable, il faut débourser entre 4000 à 5000 francs Cfa. Un peu plus en saison des pluies. Malgré le caractère généreux du relief, le chemin est dans un très piteux état. Mohamed Lukong dit « Authentique » et certains producteurs se sont installés à Mavimbouen, un quartier du village Massein que d’aucuns qualifient affectueusement de quartier Bamenda. Sa population est constituée à plus 95% des déplacés internes, venus du Nord – Ouest.  Tous ont suivi Mohamed dans la culture du maïs. Ce dernier leur a offert un forage alimenté par un système solaire. Tous les villages ci-dessus cités ne sont pas connectés au réseau SOCADEL.

Second chemin de croix qui mène aux  grandes exploitations

Du centre du quartier Mavimbouen aux grandes plantations de maïs, il faut parcourir environ 7 à 9 km. Sur ce trajet escarpé à travers les forêts, sont jonchés des stocks des sacs de maïs de 100 kg chacun ; abandonnés aux intempéries par les agriculteurs désemparés. « Pour sortir un sac de maïs d’ici à Foumbot, il faut dépenser  5000 f cfa. A ce coût, il faut ajouter le sac vide et la main d’ouvre des ouvriers qu’on évalue à près de  2000 f cfa / sac. Il faut entretenir  les champs, semer et acheter les intrants et les transporter de Foumbot pour ici. Vous voyez, le sac nous revient à au moins 11 000 f cfa à 12 000 f cfa. Maintenant à Foumbot, on vous achète ce sac à 7000 f cfa ou 10 000 f cfa. C’est une grosse perte qui n’encourage pas », nous explique Chin Stanley, propriétaire de l’un des stocks de maïs abandonnés en brousse. « Ce que nous demandons au gouvernement, c’est d’arranger au moins la route de Foumbot- Massein, ce qui va forcement réduire le coût de transport des intrants, des autres matériels de Foumbot à Massein ; aussi de nos produits de Massein  à Foumbot. Vraiment, le gouvernement doit nous aider… », supplie Mohamed Lukong.

Dans sa vaste plantation de plusieurs hectares, les employés sont à la tâche. Ils sont originaires du grand – nord, quelques locaux, mais majoritairement des déplacés internes du Nord – Ouest qui travaillent et vivent dans les cases de champ. Ils sont tous à la charge de Mohamed. « Regardez. Ils sont au moins 50 hommes et femmes que je dois payer tous les mois. Depuis, je ne parviens pas à leur donner leur argent et se sont des parents. Vous venez de voir des stocks de maïs que j’ai abandonnés ici au champ. Il faut rembourser les dettes à la banque. En attendant les tests des maïs que les gens du ministre du commerce ont pris, je supplie  le gouvernement de venir arranger  au moins notre route. Ça ne va pas. J’ai envie d’abandonner… », fulmine Mohamed Lukong dans son accent anglophone ; le regard panoramique sur la plantation, bien entretenue et  portant des plants de maïs hauts et luxuriants.  Les épis sont proches de la maturité. « Vous voyez. On va bientôt récolter les maïs ci. C’est pour vendre où et à qui ? à quel prix » a – t –il conclu.

Se pose ainsi la nécessité de désenclaver ce grand bassin agricole qui ne produit pas seulement le maïs, mais beaucoup d’autres cultures vivrières.

©Alexis Yangoua

 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *