« …Il a usé de tous les moyens, je dirais à la limite mystiques pour pouvoir rester sur le site. Ainsi, qu’au mois de mai dernier, les vigiles l’ont vu entrer ici, dans la nuit avec un groupe de supposés notables. Ils ont égorgé une chèvre sur ce site. Dans la nuit, ils ont allumé un feu. On ne sait pas de ce qu’ils ont fait avec la viande. Ils y sont restés jusqu’à très tard. Nous avons toutes les images. Nous avons déposé une plainte en bonne et due forme pour pratiques de sorcellerie, par ce que nous sommes tous ici à l’Ouest et même dans les lieux publics, il y a des lieux sacrés. Mais de mémoire de jeune bamiléké, on ne part jamais dans les lieux sacrés la nuit… » ; ainsi s’exprimait le maire Roger Tafam, face à la presse qu’il a conviée, suite au différend qui l’oppose à Charles Mbopda Nku, le gestionnaire du parc de loisirs dit Paul Biya. C’était le 19 Juin 2025.
Le notable Ta’a Wembe serait le chef des familles autochtones des terres où est établi ce pan du centre administratif de Bafoussam. Joint par téléphone, il rassure que les pratiques qualifiées de sorcellerie malveillante, n’en est pas une. « Cet endroit est un lieu sacré comme il en existe dans le centre administratif. Faites un tour vers la sous préfecture… » ; avant d’ajouter « N’oubliez pas que le centre administratif a été le village des gens, avec leurs lieux sacrés. Ils ont été recasés et ces endroits restent. Les rites qui se font là bas, n’ont aucun rapport avec ce qui est dit…». Quant aux pratiques nocturnes des rites dans les lieux sacrés, quelques érudits que nous avons consultés, relèvent que selon la spécificité et l’urgence des rites, il est bel et bien possible que les sacrificateurs puissent s’y déployer la nuit. Mais, cela ne doit pas être de nature à troubler la quiétude des riverains.
Le maire Tafam dit avoir déposé une plainte pour pratiques de sorcellerie sur le site du parc de loisirs ; alors que Charles Mbopda Nku aurait choisi le tribunal administratif pour rupture abusive de contrat. Entre les rites traditionnels pour les notables et la sorcellerie pour le maire de la ville, les autorités administratives ont la possibilité de couper la poire en deux.
Nous sommes dans une partie du pays où les patrimoines ancestraux ( matériels et immatériels) , sont en train d’être valorisés comme atouts touristiques ; c’est-à-dire l’un des leviers de développement local. Au lieu d’en faire l’objet d’un procès « Inutile » avec espoir de condamnation d’une partie; les protagonistes, tous croyants des us et coutumes du terroir, peuvent s’accorder sur l’aménagement de cet endroit de moins de 2 m2, pour en faire l’un des points touristiques du parc de loisirs. Si les faits relevés par les notables sont avérés, ce serait faux de croire que pour des raisons administratives, on doit effacer les traces d’un peuple, aussi petit soit – il. Y insister avec un air menaçant , suscitera inéluctablement cette tribalisation dont le maire Roger Tafam s’est plaint dans son propos liminaire.
Notons que le coût de construction du parc de loisirs de Bafoussam est estimé à 589 millions de F Cfa, financés par l’Agence Française de Développement à travers le C2D.
© Alexis Yangoua

